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Benjamin Péret : Le noyau de la comête

1 Leave a comment on paragraph 1 0 “Tous les mythes reflètent l’ambivalence de l’homme devant le monde et lui-même, cette ambivalence résultant à son tour du profond sentiment de dissociation éprouvé par l’homme et inhérent à sa nature. Il se voit faible, désemparé, en face des forces naturelles qui le dominent. Ils pressent qu’il pourrait mener une existence moins précaire et se sentir plus heureux. Mais il ne discerne pas le chemin du bonheur dans les conditions de vie que la nature et la société lui imposent et s’en console en le situant dans un âge d’or périmé ou dans un avenir extra-terrestre. L’important dans les mythes, réside donc dans l’aspiration au bonheur qui y gît, le sentiment de sa possibilité et des obstacles qui se dressent entre l’homme et son désir. Bref, ils expriment le sentiment d’une dualité dans la nature, dont l’homme participe et dont il ne voit pas la résolution possible au cours de son existence.
Les mythes religieux reflètent cette démarche ; mais au lieu de tenter de résoudre cette dualité initiale, ils s’emploient à l’accuser à l’extrême. C’est pourquoi leur fonction consiste à protéger la structure de la société qui s’en réclame ou les accepte. Les mythes primitifs tendent au même but, mais une mesure d’autant plus réduite que la société est plus homogène, ce qui en retour, valorise dans la même proportion les éléments d’exaltation inhérents à ces mythes. Tous présentent à divers titres ce double aspect de consolation et d’exaltation, l’accent étant presque toujours placé sur le premier. Ils expriment donc le désir humain et le sentiment des obstacles qu’il doit franchir pour atteindre son objet.”
Benjamin Péret, dans “Le noyau de la comête”, préface à Anthologie de l’amour sublime, 1956

Source: https://journal.laboratoryplanet.org/benjamin-peret-le-noyau-de-la-comete/