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HYPOTHÈSE 4 – sur la catégorie “alien“

La catégorie “alien“ suppose son contraire, ce qui serait familier, domestique, “humain“ peut-être ? Autrement dit, ce avec quoi je pourrais entretenir une relation, qui ne serait pas sauvage, radicalement étranger, avec lequel je pourrais avoir des échanges, faire un monde. “Alien“ serait donc ce qui échappe à l’échange, à la représentation, qui ne se prêterait pas à la fabrication d’un discours, d’une fiction, parce qu’il n’appartiendrait pas à mon monde. Non pas objet, mais ce qui est sans propriétaire tout en n’étant pas un sujet.

Familier, domestique ne veut pas dire “sujet“ par opposition à “objet“ (ou l’objet serait ce qui serait non familier, c’est-à-dire “alien“). Cela signifie “mondéifié“, faisant partie d’un monde possible, construit en tant qu’objet ou sujet d’un monde.

Le sujet transformé en objet, en marchandise, le sujet aliéné, n’est donc un alien que si on instaure un clivage radical entre sujet et objet, de telle manière que l’objet ne fasse pas partie d’un monde qui nous serait commun, qu’il est radicalement étranger, ce qui n’est pas le cas. Car j’ai des échanges avec les objets, qui en retour, sont susceptibles d’avoir des échanges avec moi (notamment lorsqu’il s’agit d’objets performatifs, de machines, etc.).

L’être humain retourne d’ailleurs autant de l’objet que du sujet. Il consiste en une variété d’objets qui participent de macro-objets. Un corps humain est une manifestation locale, particulière, d’objets généraux tel que l’espèce. Homo sapiens n’est pas seulement un type d’organisme comportant des objets tels que les gènes et les chromosomes. C’est un assemblage de catégories culturelles, de procédures pédagogiques, d’organisation sociales, d’idées, de ressources financières, etc. qui est pris dans les variations climatiques, la rotation de la Terre sur son axe et qui tourne en orbite autour du soleil.

Un tel agrégat, qui ne produit pas même un consensus (l’ontologie de l’humain demeure, comme le montre notamment Descola, sujet à controverse, et ne constitue pas un universel) tend même à s’émietter, à abandonner sa consistance. Et avec cet émiettement, une incertitude nouvelle se présente….

L’alien en tant que bruit

Quand il y a surgissement de l’alien, ce dernier, parce qu’il n’est pas intelligible, qu’il existe en tant que bruit, est généralement voilé, distordu. S’y substituent une représentation, un récit, une figure anthropocentrique, qui permettent aux humains qui ont rapport à l’alien, d’en faire une partie de leur monde. Ce faisant l’alien envahit l’humain à son insu en se donnant pour quelque chose d’intelligible. Ce qui apparaît être quelqu’un (un extra-terrestre) dans une perspective anthropomorphique, n’est, en fait, personne dans une perspective non anthropomorphique. Cela n’a pas d’identité sous le simulacre de celle que nous lui avons attribué pour en faire un objet ou un sujet de notre monde. Cthulhu, une chose qui n’aurait pas dûe être…

Source: https://journal.laboratoryplanet.org/sur-la-categorie-alien/