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HYPOTHÈSE 3 – Špela Petrič : Zoégraphie et TerRabiologie

1 Leave a comment on paragraph 1 0 Dans la théorie sociopolitique contemporaine la frontière entre la biologie et la culture est floutée, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Aristote interprétait la vie humaine comme la réalisation d’une personne dans la société, agissant comme un organe politique (Bios, la vie bonne), en plus d’être en possession de l’essence primordiale d’être vivant (Zoë), un trait partagé par toutes les créatures vivantes. L’hypothèse de la théorie politique classique était que Zoë, ou la « vie nue », n’a pas sa place dans le domaine public, mais qu’elle restait dans la sphère privée domestique (Agamben, 1998).

2 Leave a comment on paragraph 2 0 Plus tard, la distinction classique entre Bios et Zoé devint de plus en plus décousue sous l’impact de la politique capitaliste moderne, qui, selon Foucault, a intimement imbriqué la vie naturelle de l’espèce humaine dans les mécanismes discursifs du pouvoir d’Etat. L’observation de ce changement a mené Agamben à conclure que « l’entrée de Zoë dans la sphère de la polis – la politisation de la vie nue en tant que telle – constitue l’événement décisif de la modernité. » La vie en tant que telle est devenue un objet principal du pouvoir d’Etat et Zoé et Bios coïncidèrent finalement, un phénomène que Foucault a appellé la biopolitique.

3 Leave a comment on paragraph 3 0 Les développements dans les sciences de la vie nous poussent à repenser encore plus loin les frontières entre les différentes formes de vie, par exemple en considérant les manipulations d’ADN inter-espèces ou en reconnaissant le fait que le corps humain lui-même est en grande partie habité par des génomes non humains. Puisque les biosciences et la philosophie ont ouvert la dimension non humaine de la vie au niveau cellulaire, génétique, moléculaire et autopoïétique, la fracture catégorique entre la vie individuelle des êtres humains et la vitalité collective de toute matière vivante, entre la politique discursive du Bios et la politique vitaliste du Zoë (van den Hengel, 2012) a été mis à mal. Le Zoë s’est manifesté comme une force vitale de la production matérielle, comme Braidotti le déclare : « Les pratiques scientifiques contemporains nous ont forcé à toucher le fond d’une certain inhumanité se connectant à l’humain précisément dans l’immanence de son matérialisme corporelle. Avec la révolution génétique, nous pouvons parler de la généralisation d’un « devenir infra-humain » du Bios. La catégorie « vie » a donc craqué sous la pression. » (Rosi Braidotti, 2006)

4 Leave a comment on paragraph 4 0 Humberto Varela et Francisco Maturana (1980) ont jeté les bases d’une compréhension encore plus inclusive et omniprésente de la vie. Le système autopoïétique qu’ils ont décrit jetait les bases d’une organisation des systèmes vivants qui s’étend au-delà de la composition et de la reproduction organique que les humains considéraient comme condition préalable à la vie, en impliquant qu’une résilience et une adaptabilité similaire pourrait être atteinte en utilisant n’importe quelle matière, remettant ainsi en question l’exclusivité et l’unicité des êtres vivants connus dans les environnements terrestres. Ainsi le Zoë, composante indiscernable et inaliénable de tous les êtres vivants, est devenu de plus en plus pertinent pour comprendre les mécanismes de notre société et notre relation à la nature et à nous-mêmes.

5 Leave a comment on paragraph 5 0 Louis van den Hengel décrit le travail à l’oeuvre dans le bioart comme une zoégraphie, un mode post-anthropocentrique d’écriture de la vie qui affirme la vie comme une force de vitalité génératrice du Zoë, une force inhumaine, impersonnelle et inorganique qui traverse les humains, les animaux, la technologie et les choses, et les relie transversalement (van den Hengel, 2012). La zoégraphie nous invite à regarder la vie comme un processus de transformation dans sa production continue de nouvelles relationalités. La zoégraphie nous encourage à avoir un sens renouvelé de l’humain, non pas comme le terreau d’où part la narration de la vie, mais une vue où l’être humain n’est rien de moins qu’un moment relativement stable dans un processus de variation perpétuelle (van den Hengel, 2012).

6 Leave a comment on paragraph 6 0 La TerRabiologie réfléchit à l’ontologie de la vie sur Terre sous l’angle relationnel, considérant que l’évolution des espèces et de la biosphère en tant que système est marquée par l’anthropocentrisme incontournable de l’observateur – l’humain. Bien que la TerRabiologie se préoccupe de sujets similaires à ceux de l’astrobiologie, des distinctions clés peuvent être faites à partir de ses fondements épistémologiques et de son intentionnalité.

7 Leave a comment on paragraph 7 0 L’astrobiologie est l’étude multidisciplinaire de l’origine, de l’évolution, de la distribution, et de l’avenir de la vie dans l’univers (NASA, 2013). Méthodologiquement c’est une science positiviste se situant dans l’héritage du réductionnisme et du rationalisme et les disciplines qui y contribuent découlent toutes des sciences naturelles. L’astrobiologie n’inclut pas les sciences humaines ou sociales dans ce qui la fonde, bien que la question de savoir pourquoi il faudrait absolument mener de telles recherches soit totalement pertinente.

8 Leave a comment on paragraph 8 0 La TerRabiologie est essentiellement un hybride épistémologique qui intègre les connaissances obtenues par les méthodes positivistes, mais qui considère également la présence et la subjectivité de l’observateur. Elle suggère une approche holistique et philosophique à l’interprétation des données et est constructiviste par nature. Elle questionne la disposition humaine sur sa relation aux formes d’organisation fondamentalement différentes de systèmes fonctionnels présentant des propriétés proches du vivant (life-like). La catégorie de l’Autre discriminé change en fonction du contexte (pas mâle, pas hétérosexuel, pas valide, pas humain, pas vivant, et ainsi de suite), mais elle est constitutive de l’être humain, qui se définit lui/elle-même par ce qu’il/elle n’est pas (Heidegger, 1962). Un changement intentionnel de perspective passant de l’exclusion à l’inclusion facilite un changement dans la motivation et la justification des efforts scientifiques de l’humain. L’ajustement est double : l’étude de l’Autre devient de manière plus évidente une étude du Même. La subjectivité dans la recherche ne peut plus être considérée comme un effet indésirable, puisque l’observateur est non seulement AU SEIN du système qu’il/elle observe, mais EST le (même type de) système. La conséquence de cette redéfinition de l’observateur montre la nécessité de fusionner les sciences humaines et naturelles. La connaissance scientifique ne veut rien dire pour l’observateur, si celui-ci ne reconnaît et ne comprend pas son rôle dans la démarche.

9 Leave a comment on paragraph 9 0 Le nom et la façon d’écrire TerRabiologie est soigneusement choisi. Le préfixe terra peut être lu comme terra, se rapportant à la Terre, ou tera, dérivé de teras, le mot grec ancien pour monstre. Le mot latin terra se réfère au fait que le discours est centré autour de la question de l’ontologie de la vie sur Terre. Tera implique la peur de l’altérité (symbolisé par les monstres), un défi à relever lorsque l’on s’engage dans la transition d’une approche essentialiste hégémonique aux espèces vers un concept de fluidité et de multiplicité au sein des catégorisations, qui deviennent des attributions heuristiques plutôt que des descriptions de la réalité.

10 Leave a comment on paragraph 10 0 La TerRabiologie vise à dégager une perspective ontologique sur la vie sur Terre, elle observe la position de l’homme dans le système terraformatif et comprend la culture humaine comme un épiphénomène d’une espèce consciente d’elle-même. Il s’agit d’une tentative de former un point de vue théorique extérieur à la Terre comme biosphère, d’adopter une lecture du terratope où l’humain n’en est pas la préoccupation centrale.

11 Leave a comment on paragraph 11 0 (idées développées dans Humalga : towards the human spore)

Source: https://journal.laboratoryplanet.org/spela-petric-bios-zoe-terrabiologie/