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HYPOTHÈSE 4 – Écologie de la peur

1 Leave a comment on paragraph 1 0 L’écologie promue aujourd’hui par la gouvernance mondiale est l’écologie de la peur, la peur d’une catastrophe – qu’elle soit d’origine humaine ou naturelle – qui pourrait perturber profondément ou détruire la civilisation humaine. La peur pousse les hommes à planifier des mesures qui pourraient assurer leur sécurité et cette écologie de la peur se développe comme une religion pour les masses dans le contexte idéologique d’un capitalisme devenu alien, d’un capitalisme que nous ne pourrions plus tout à fait maitriser par nous-même. Il est en effet communément accepté que nous ne pouvons pas gagner la pleine maîtrise de notre biosphère, mais qu’il est malheureusement en notre pouvoir de la faire dérailler, de perturber son équilibre jusqu’à qu’elle se déchaîne, et qu’elle se débarrasse de nous dans le processus. Mais si nos amis écologistes exigent que nous changions radicalement notre mode de vie, c’est un message profondemment conservateur que l’écologie de la peur veut nous faire accepter : chaque changement radical ne peut qu’être un changement pour le pire.

2 Leave a comment on paragraph 2 0 Dans le quotidien de narration culturelle nous présentant des mondes anxiogènes aux catastrophes imminentes, la survie est le meilleur résultat que l’individu puisse espérer, et les expériences ou les aspirations au changement nous sont alors présentées comme dangereuses. Encourager la passivité devient un objectif de gouvernance en soi, et la dissidence d’un drone survolant une centrale nucléaire un problème sécuritaire. Mais fuir les risques et garantir la sécurité ne sont pas seulement devenus des thèmes importants du débat politique : de l’analyse des risques à la gestion des risques, en passant par la communication des risques, une véritable économie de la peur écologique s’est mise en place avec la promesse d’un nouveau marché à ouvrir chaque jour. Il en va alors de notre (ir)responsabilité de ne pas faire dérailler le train à grande vitesse du calcul et du contrôle.

3 Leave a comment on paragraph 3 0 Les gestionnaires de la grande accélération anthropocénique passent leur temps à essayer de comprendre le présent en analysant le passé mais persistent à nous présenter le futur comme un chaos angoissant. Il n’y a pas d’alternative à la « cage d’acier » imposée depuis la révolution industrielle, pas d’alternative à cette écologie de la peur qui nous affirme alors que tout sera fait pour que la Terre des humains reste inchangée, une condition présentée comme nécessaire et suffisante pour permettre la survie de l’espèce et de ses conditions de vie « modernes ». L’écologie de la peur nie ainsi que la nature est en constante évolution et que la tâche du terrien est d’observer sa position dans le système terraformatif, de penser et vivre son épanouissement dans le terratope ; elle ne cherche à tirer aucun enseignement du fait que les humains ont atteint un stade d’évolution où leur culture (ce qui inclut la technologie) est devenue la forme prédominante de l’adaptation. Au lieu de cela, et pour geler le système Terre dans une holocène idéalisée, est donc promue une forme de bioingénierie/géoingénierie présentée comme soft mais qui ne pousse en réalité qu’à intervenir dans l’écologie évolutive terrestre avec encore plus de force.

Source: https://journal.laboratoryplanet.org/ecologie-de-la-peur-et-capitalisme-alien/